Nos revendications concernant l’alimentation

Pour nous, l’alimentation est une thématique qui s’inscrit en plein au croisement du social, de la santé et du climat. 

Nous ne voulons pas d’un aménagement du système alimentaire actuel, nous voulons collectivement le transformer en profondeur pour qu’il garantisse nos droits.

Plutôt que d’opposer « fin du monde et fin du mois », nous devons révolutionner le système alimentaire. À terme, nous ne voulons pas d’un système alimentaire mondial et industriel pour les pauvres, et d’un système alimentaire local et de saison pour les riches. Nous voulons un système alimentaire unique, proposant à tous et toutes des produits permettant de se nourrir de manière équilibrée, en respectant la diversité culturelle, la santé et celle de la planète !

Bien manger est un droit humain, c’est le droit à l’alimentation et à la nutrition. Nous entendons faire valoir notre droit, et nous ne voulons pas de la charité d’un système industriel à bout de souffle qui détruit la planète et bafoue la dignité des personnes. 

Les inégalités en matière d’accès à l’alimentation de qualité sont causées par la manière dont le système alimentaire produit, transforme et distribue les produits. L’alimentation est pensée comme une marchandise « gérée » par le marché. Le marché semble généreux et les rayons des supermarchés bien alléchants à ceux qui ont les moyens. Mais même ceux-ci doivent déjouer les techniques marketing, s’informer sur les effets de leur alimentation sur eux, la société et la planète, se dégager du temps pour faire les courses et cuisiner à la maison, avant de pouvoir se nourrir convenablement. C’est difficile, voire mission impossible. 

D’ailleurs, d’après Sciensano, la moitié de la population belge (49,3%) est soit en surpoids, soit obèse. L’impact de l’alimentation sur la santé suit un gradient social : si les personnes en situation de pauvreté s’en sortent le moins bien et sont les plus touchées par les maladies chroniques, un système bien rodé pousse toute la population à mal manger et à se rendre malade. 

Pour ceux qui galèrent, le même marché est sans pitié : les produits les moins chers sont ceux qui sont riches en calories, mais souvent pauvres en micronutriment. On mange ce qu’on trouve, au gré des promotions. On scrute les prix au kilo : pâtes, huiles, sucre sont alors privilégiés, en grand volume. Les produits les plus nourrissants ne sont pas les plus sains. Pour certains, le manque de revenu conduit au pire : c’est la dépendance aux colis alimentaires, c’est le non-choix absolu.

Or, ce système alimentaire, en plus de générer des inégalités sociales et de santé, génère aussi une énorme masse de gaz à effet de serre et a un impact négatif considérable sur la situation écologique planétaire : il est responsable d’entre 44 et 57% des émissions (déforestation (15-18%), agriculture (11-15%), transport, transformation, et distribution globalisés (15-20%) ; déchets (2-4%)). Les personnes les plus vulnérables sont bien sûr moins en capacité de s’adapter aux changements climatiques et aux désastres environnementaux, que ce soit dans les pays industrialisés comme ailleurs sur la planète. De plus, elles sont les moins responsables du changement climatique, étant donné leur faible niveau de consommation. En bref, la rareté des ressources naturelles (terres agricoles, eau, semences, énergies…) ne doit pas conduire les plus vulnérables vers la pauvreté et l’exclusion : au contraire, c’est l’accès de tous à l’alimentation de qualité qui conduira le système alimentaire vers la justice sociale et écologique.

5 points-clés sur lesquels nous nous engageons à travailler ensemble :

  1. L’existence même de l’aide alimentaire au 21e siècle dans nos sociétés « d’abondance » est un scandale. Pourtant, la demande en colis alimentaire explose depuis le début de l’épidémie du Covid-19. Elle a doublé par rapport à l’année dernière ! L’organisation de cette aide alimentaire est en opposition forte avec le droit à l’alimentation tel que décrit dans les textes des droits humains. Mise à nu, aide temporelle et limitée, aliments de basse qualité, accès parfois insécurisant voire même insécurisé, autant d’éléments qui montrent que l’aide alimentaire, bien que nécessaire, n’est qu’un dépannage alimentaire. De plus, elle s’appuie sur la surproduction de la Politique agricole commune, comme pour la justifier : les « pauvres » servent d’arguments pour légitimer un système industriel qui les rend malades. 
    A quand un système d’accès durable à une alimentation de qualité pour tous et digne pour tous sans conditionnalité sans mise à nu sans déchets du monde industriels, sans invendus uniquement pour les plus pauvres ?  Nous exigeons la suppression de l’aide alimentaire au profit de la mise en place d’un droit à l’alimentation pour tous et pensé par tous !

2. Il est hors de question que les personnes en situation de pauvreté et les paysan.ne.s soient mis en concurrence. Par le biais de la Politique agricole commune, la Belgique (avec les autres États européens) subventionne l’agriculture industrielle, pousse à la concentration des terres et à l’exportation de produits alimentaires. En revanche, aucun subside substantiel n’est donné aux paysans en petites surfaces, travaillant en vente directe ou en circuit cours. Un système alimentaire durable et égalitaire doit pourtant être localisé, basé au maximum sur des circuits directs avec des prix rémunérant correctement les producteurs. Les deux extrémités de la chaine alimentaire subissent les conséquences sociales négatives d’un système alimentaire dépassé. Elles peuvent agir et lutter ensemble.

3. Les prix alimentaires actuels sont injustes et faussés, l’augmentation des revenus des plus pauvres grâce à la taxation des plus riches est une nécessité. Les aides sociales doivent être supérieures au seuil de pauvreté, et les revenus minimums doivent permettre de mener une vie digne. L’État peut se servir de la TVA et de la fiscalité pour agir. Les « prix bas » ne prennent pas en compte tous les coûts de santé et environnementaux : c’est ensuite à l’État de boucher les trous, lorsque c’est encore possible… Nous explorons des pistes pour augmenter les revenus (sécurité sociale alimentaires, chèques alimentaires) et permettre à tous et toutes d’accéder à une alimentation de qualité. 

4. Le gaspillage alimentaire n’est pas un problème technique, mais politique ! Il faut réduire le gaspillage alimentaire qui est inhérent au système industriel et aux « économies d’échelle » qu’il permet. Les personnes en situation de pauvreté ne gaspillent pas, elles se débrouillent, réutilisent, récupèrent. Elles ne peuvent se nourrir dignement avec les restes des riches ou des industries. Elles doivent avoir un accès permanent, digne, à une alimentation saine, diversifiée, nutritive, durable. Un système alimentaire égalitaire ne devrait pas produire de gaspillage alimentaire massif tel qu’il l’est aujourd’hui. 

5. Nous voulons construire notre souveraineté alimentaire pour ne plus dépendre de l’agro-industrie.
Il faut sortir du modèle agro-industriel et proposer des modèles agroécologiques, qui créeront des emplois dignes, approvisionneront les villes et les villages en produits frais et de saison ce qui réduira drastiquement l’impact de l’agriculture sur le climat et nous maintiendra davantage en bonne santé. 

Nous sommes prêt.e.s à construire des solidarités concrètes autour de ces 5 points avec l’ensemble des acteurs de la société qui se reconnaissent dans ce texte.

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