2021 // Manifeste pour une société socialement et écologiquement juste

Qu’est-ce qui a changé depuis l’an dernier ? Que s’est-il produit depuis que nous avons écrit notre premier manifeste du « social-climat » ? Que s’est-il passé depuis que nous avons appelé à ce que les minima sociaux soient supérieurs au taux de pauvreté ; que le salaire minimum et le montant des pensions augmentent ; que la sécurité sociale soit préservée et son financement élargi ; que les services publics soient renforcés au bénéfice de toutes et de tous au lieu d’être sans arrêt définancés et que les droits sociaux soient une fois pour toutes individualisés ?

Trois fois rien.

Sur le plan climatique : des inondations jamais vues et des mégafeux de forêts partout. Beaucoup de bois ont brûlé et beaucoup de pluie est tombée. Ici, nous avons eu l’impression d’un été qui ressemblait à l’automne et pourtant il aura été le plus chaud jamais enregistré en Europe. Imaginez-vous ça : tandis que les inondations de juillet ravageaient une bonne partie de la Wallonie – 40.000 bâtiments touchés dont plus de 5.000 totalement ou partiellement détruits, parmi lesquels un bon nombre de logements sociaux ; 40.000 tonnes de terres polluées aussi, sans oublier les nombreuses personnes qui y ont perdu la vie – d’autres parties du continent vivaient sous une insupportable canicule : il a fait 47,4 ° à Cordoue, en Espagne.

Sur le plan économique : des pénuries, de l’inflation. Pénuries de papier, de pâtes, de café, de puces électroniques, mais aussi pénurie de soignants et pénurie d’enseignants. Inflation des loyers, de l’électricité, de l’eau, des matériaux de construction, du bois… Cela commence à se voir très fort que des limites sont atteintes. Et que les plus pauvres sont les plus atteints par le dépassement de ces limites.

Sur le plan social : des riches terriblement plus riches, des pauvres dramatiquement plus pauvres. Les déjà riches se sont considérablement enrichis durant la pandémie – à titre d’exemple, Bernard Arnault et sa société LVMH ont gagné 62 milliards d’euros depuis le mois de mars 2020. Les pauvres, quant à eux, sont ceux dont les maisons ont été ravagées en priorité par les inondations. Ils sont ceux aussi qui vont encaisser les plus durement toutes ces hausses de besoins essentiels.

Trois fois rien donc.

Et une quatrième fois rien, pour faire bonne mesure. Car sur le plan sanitaire, la situation épidémique a ouvert à toutes les interprétations, jusqu’aux plus délirantes, indiquant ainsi le fossé de plus en plus large qui se crée dans une société dissociée comme jamais. Le covid est un révélateur puissant de la confiance qui s’évapore entre citoyens et élus, entre élus et citoyens, mais aussi entre citoyens et citoyens.

C’est pourquoi, s’il faut inlassablement rappeler aux élus quelles responsabilités ils ont acceptées en se présentant au suffrage populaire, il faut aussi être en capacité de nous emparer dès maintenant de ce que le monde politique néglige ou dédaigne. C’est comme si désormais les tâches étaient réparties ainsi : au monde politique la réparation, à la société civile la préparation.

Nous l’avons dit l’an dernier : nous exigeons qu’un socle de droits et de moyens soit établi pour permettre aux personnes prisonnières de la pauvreté et de l’exclusion sociale d’en sortir et afin que plus personne ne puisse glisser vers des appauvrissements qui tuent à petit feu.

Cette année, nous voulons insister sur trois points qui font partie intégrante de ce socle.

  1. La situation socio-sanitaire a montré à quel point le recours au numérique pour traiter des situations administratives du public et notamment des personnes appauvries était une illusion. Conserver une accessibilité non-digitale dans les services publics pour éviter l’exclusion sociale et les coûts environnementaux est donc une évidence. Comme devrait l’être aussi, par conséquent, la pérennité de l’ouverture des services publics et sociaux, ce qui n’a pas toujours été le cas pendant la pandémie. Chaque service doit conserver le recours à l’humain, via les guichets, par le papier ! Et si de nouveaux outils numériques sont adoptés, ils doivent d’abord être approuvés par un comité humain, composé de précarisé·e·s du numérique.
  2. La question du logement à Bruxelles (et par rebond, la question du logement dans son ensemble) doit se mesurer non pas au mètre carré spéculatif mais à sa capacité à répondre aux enjeux socio-climatiques. Le social et la participation citoyenne doivent être au centre de la mise en oeuvre du plan régional de rénovation intitulé « Rénolution ». C’est un joli nom, mais on demande à voir ce qu’il signifie pour les plus pauvres : l’adéquation du prix du logement avec le niveau de revenu des ménages bruxellois nous semble un point de départ intéressant.
  3. Instaurer une sécurité sociale de l’alimentation pourrait constituer désormais un droit humain à part entière. Les produits agro-industriels les plus accessibles (prix, facilité) sont les plus néfastes pour la santé et les personnes précarisées sont naturellement les premières touchées. Les petits producteurs, quant à eux, sont poussés dans leurs retranchements, pris au piège par des contrats défavorables dans des marchés hyper-concurrentiels et non rémunérateurs. Cette sécurité sociale alimentaire serait une nouvelle branche de la Sécu. Elle devrait permettre à tout le monde d’avoir les revenus suffisants pour accéder à une alimentation de qualité, grâce à une hausse des cotisations sociales. Cette alimentation sera basée principalement sur une production paysanne, locale, durable, de qualité, conventionnée. Le front Rendre Visible l’Invisible veut interroger cette mesure en faisant se rencontrer des experts de la sécurité sociale, des professionnels et bénéficiaires de l’aide alimentaire, ainsi que des producteurs locaux, pour déterminer si elle constitue ou non une réelle solution positive pour les personnes en situation de pauvreté, et réfléchir à sa mise en œuvre.

Ce 17 octobre 2021, rejoignez-nous au Quai du Bois à brûler pour échanger, débattre, apprendre, rire, danser et surtout rappeler que l’éradication de la pauvreté est la condition d’une justice sociale et climatique véritable.

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